Comment faire la chasse à un virus : 5 manières dont la polio aide à lutter contre le virus Ebola

Retrouvez ici toutes les dernières informations sur le travail de l’UNICEF pour protéger les enfants et leurs familles dans les pays touchés par l’épidémie d’Ebola.

On me demande souvent de quelle manière l’opération de santé publique la plus large qui ait jamais été menée – celle destinée à mettre fin à la polio – a renforcé la capacité mondiale de lutter contre d’autres maladies infectieuses mortelles.

Quand je me suis rendue en Sierra Leone le 22 octobre pour aider à lutter contre le virus Ebola, j’ai pu constater par moi-même ce qu’il en était. Le virus de la polio et le virus Ebola sont des virus très différents qui demandent des réponses différentes, tous les deux touchent néanmoins de manière disproportionnée les enfants les plus pauvres et les plus vulnérables. Ces deux virus sont un rappel dramatique que nous devons renforcer les systèmes de santé les plus fragiles. Et dans les deux cas, obtenir la confiance des gens et chercher à modifier leurs comportements est au cœur même du succès d’une intervention.

Il y a cinq manières dont la lutte contre la polio renforce l’intervention contre le virus Ebola :

1. Manière de faire la chasse au virus

Une chose que nous avons appris à faire vraiment très bien dans le cas de la polio, spécialement en Inde et au Nigéria, est la façon de dépister le virus. Vous faites la chasse au virus tous les jours : où est-ce qu’il se répand, d’où vient-il, qui touche-t-il ?

Pour vaincre le virus Ebola – exactement comme pour la polio – vous devez comprendre les comportements spécifiques à la population locale. Qui est le plus vulnérable à l’infection ? De quelle manière les gens se comportent-ils? Qu’est-ce qui motive ces comportements ? Obtenir les réponses à ces questions vous permet de déterminer précisément les actions les plus stratégiquement importantes ; et de faucher le virus avant qu’il ait le temps de prendre sa course.

En Sierra Leone et dans les autres pays touchés par le virus Ebola, cela a voulu dire réorienter les dispositifs de suivi qui avaient été mis au point pour s’assurer que tous les enfants sans exception bénéficient du vaccin contre la polio – afin de pouvoir contrôler les effets des actions entreprises pour lutter contre le virus Ebola. Les dispositifs qui avaient été conçus pour suivre l’acceptation et le refus du vaccin contre la polio aident maintenant à mesurer la rapidité et l’efficacité des changements de comportement face au virus Ebola.

2. Communication tous azimuts

Face au virus Ebola, il n’existe pas de vaccin et pas de remède. Fondamentalement, la seule façon d’empêcher les cas d’infection de se multiplier est de changer la manière dont les gens s’occupent des malades, et la manière dont ils enterrent ceux qui sont morts. Communication et détermination active jouent un rôle crucial pour pouvoir mettre fin à l’épidémie.

Ce n’est pas une tâche facile, mais les mécanismes mis au point contre la polio ont montré que nous pouvons apporter la rigueur nécessaire au rôle pilote que l’UNICEF joue dans ce domaine. L’acquisition rapide de données sur les connaissances et les perceptions concernant le virus Ebola ont par exemple permis à l’UNICEF de raffiner ses SMS et ses autres formes de messages en fonction des différents groupes de la population, de façon à toucher le public approprié au moyen des messages appropriés.

La religion est aussi importante. Recenser et contacter les personnalités religieuses influentes a été crucial pour mettre fin à la polio et se révèle aujourd’hui très précieux face à l’épidémie du virus Ebola où les pratiques d’inhumation contribuent aux niveaux d’infection très élevés. Les personnalités religieuses n’apportent pas seulement une voix favorable aux changements de comportement, elles sont également parties prenantes de nombreuses actions menées contre le virus Ebola. Il peut s’agir d’accompagner les équipes chargées des inhumations, ou de travailler dans un lieu de prière dans un centre de soins pour les victimes du virus. Ceci est similaire à la campagne contre la polio où les notables religieux ne se limitent pas à influencer la population qui se rend à la mosquée ou à lancer des fatwas en faveur du vaccin contre la polio. Ils accompagnent les équipes de vaccination comme ils l’ont fait en Inde. Ou encore ils amènent les enfants de la mosquée locale pour être vaccinés.

3. La « salle des opérations »  

Au Nigéria, le fait que le virus Ebola a été maîtrisé aussi rapidement est en partie dû à la mise en place d’un centre des opérations d’urgence sur le modèle de celui organisé en 2012 pour lutter contre la polio. Un tel centre joue le rôle d’une « salle des opérations » où votre stratégie est définie minute par minute. Toutes les données y aboutissent. Toutes les tâches y sont coordonnées. Son action est accompagnée par le pistage du virus – et par le déplacement des dispositifs de coordination et de gestion vers les lieux où le virus fait le plus de ravages. Vous avez ainsi des informations en temps réel, toutes les connaissances, toutes les ressources à portée de la main.

Un agent de santé revêtu d’un équipement de protection individuelle (EPI) aide un autre agent à ajuster le capuchon qui fait partie de cette tenue de protection dont elle est également équipée au cours d’un exercice d’entraînement pour la lutte contre le virus Ebola.
© UNICEF/NYHQ2014-3001/JamesUn agent de santé revêtu d’un équipement de protection individuelle (EPI) aide un autre agent à ajuster le capuchon qui fait partie de cette tenue de protection dont elle est également équipée au cours d’un exercice d’entraînement pour la lutte contre le virus Ebola.

4. La confiance : facteur dont peut dépendre la réussite ou l’échec de l’intervention

Inspirer la confiance est crucial pour mettre fin à l’épidémie du virus Ebola comme pour la polio. Tirant les leçons du cadre mis en place pour créer un climat de confiance dans le cas de la polio, nous avons essayé d’appliquer une démarche similaire dans la campagne contre le virus Ebola.

  • Est-ce que la population fait confiance aux agents sanitaires qui opèrent dans les centres de soins communautaires ?
  • Sont-ils perçus dans une communauté comme ayant un rôle de protection?
  • Quand les gens amènent un être cher pour être soigné à un de ces centres, ont-ils l’impression que c’est un endroit sans danger ? Ou est-ce qu’il apparaît comme une structure étrangère où les gens redoutent de ne plus revoir ces êtres chers ?
  • Existe-t-il une filière de communication entre les communautés locales et les services sanitaires pour assurer que les centres de soins tiennent compte des croyances et de la culture locales ?

C’est un processus de concertation continu, très similaire à l’action contre la polio. Nous luttons pied à pied avec les communautés touchées par cette maladie jusqu’à son élimination totale.

5. L’espoir

L’éradication de la polio est un symbole d’espoir. Grâce à une impulsion vigoureuse, à l’esprit d’innovation et à notre persistance nous prouvons qu’il est possible d’identifier et d’atteindre jusqu’au dernier enfant à travers le monde, d’influencer les croyances communautaires les plus intimes – et de donner un coup d’arrêt définitif à la propagation d’un virus mortel. Le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée sont trois pays qui ont éliminé la polio en déjouant de fortes probabilités défavorables. Avec notre soutien, ils peuvent également réussir à mettre fin à l’épidémie du virus Ebola.

Sherine Guirguis est Directrice principale des communications pour le programme mondial contre la polio de l’UNICEF.

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