Combattre le choléra en Somalie

En Somalie, depuis le mois de novembre, la sécheresse a forcé 766 000 personnes à se déplacer, tandis que le pays est confronté à l’une des pires épidémies de choléra de son histoire. L’UNICEF et ses partenaires ont fourni un accès temporaire à une eau salubre à plus de 1,66 million de personnes, en hausse par rapport aux 300 000 comptabilisées en janvier. Plus de 390 000 femmes et enfants ont reçu des services sanitaires d’importance vitale, notamment des vaccins d’urgence. En août, on recensait 75 390 cas présumés de choléra et 64 centres de traitement de la maladie fonctionnant à temps complet pour sauver des vies.

 

Le premier jour de ma visite à Dollow, je me suis rendu dans le Centre de traitement du choléra, aménagé dans un hangar recouvert d’un toit de tôle, qui occupait la surface d’un demi-terrain de football.

Le silence inquiétant qui y régnait contrastait vivement avec l’agitation et le bruit qui animaient habituellement cette ancienne place de marché. Au moins dix patients sont admis chaque jour.

Des enfants de cinq ans et moins, sous-alimentés et léthargiques, gisaient sur des lits que l’on avait adaptés pour y loger une ouverture de la taille d’une soucoupe donnant sur une petite cuvette. À leur chevet, un seau pour recueillir les flux incontrôlables d’excréments et de vomi. Certains enfants étaient réconfortés par leur mère. D’autres étaient seuls, affaiblis et épuisés par les vomissements incessants.

Dans chacun des sites que j’ai visités, la défécation à l’air libre était source de préoccupation. Une bonne hygiène et un assainissement approprié jouent un rôle essentiel pour empêcher la propagation des maladies transmises par les matières fécales, comme le choléra. La défécation à l’air libre accentue la menace de propagation du choléra, particulièrement chez les enfants sous-alimentés, ce qui est malheureusement le cas de près de 1,4 million d’enfants somaliens.

Après avoir procédé à des ablutions pour me désinfecter les mains et les pieds à l’aide d’une solution chlorée, j’ai été conduit à travers une rangée de lits, nettement séparés par des bâches orange pour former des chambres de fortune. J’ai rencontré le médecin résident qui paraissait calme et semblait maîtriser l’afflux de patients. Il faisait observer un processus de décontamination rigoureux, imposé à tous les patients entrants ou sortants.

Une jeune fille
UNICEF GrieveArrachée de chez elle, une petite fille attend au centre d’accueil à Dollow, en Somalie.

Le jour suivant, je me suis rendu dans le centre de déplacés internes et de réfugiés rapatriés. Certaines familles avaient parcouru entre 50 et 200 kilomètres pour fuir la violence et la sécheresse et avaient tout perdu. Malgré cela, le repos n’était pas au bout du chemin. Les rapatriés avaient vite compris le fonctionnement du système et formaient de longues queues dans l’espoir d’avoir accès à des services de base, tels que des toilettes, de l’eau et de la nourriture.

Des hommes, des enfants et des personnes âgées s’étaient massés sous les arbres, cherchant à échapper à la chaleur écrasante.

Le rôle d’une mère face à la faim et à la soif

Le premier réflexe d’un enfant affamé ou assoiffé est de se tourner vers sa mère. Mais face à la sécheresse, « non » est la seule réponse que peuvent donner les mères à leurs enfants : « non, pas d’eau, pas de nourriture », parce qu’il n’y en a pas.

Au centre d’accueil, l’UNICEF distribue de l’eau potable et répartit quotidiennement des biscuits à haute teneur énergétique fournis par le Programme alimentaire mondial, ainsi que de la nourriture donnée par des entreprises locales.

Les réunions d’information sur la prévention du choléra rassemblent de nombreux participants. Les mères présentes écoutent attentivement, impatientes d’apprendre à utiliser les comprimés Aquatabs et les pastilles de chlore pour purifier l’eau. Le formateur insiste de nouveau sur les dangers de la défécation à l’air libre.

Promouvoir l’utilisation des toilettes reste un défi. Bien qu’ils aient des toilettes à leur disposition, les occupants continuent de déféquer à l’air libre, une pratique d’autant plus préoccupante que la saison des pluies approche et que davantage de sources d’eau pourraient être contaminées.

Un formateur à l’hygiène
UNICEF GrieveUn formateur à l’hygiène partage des informations sur la façon de rester en bonne santé pendant une épidémie de choléra.

Au centre d’accueil, le personnel s’assure que l’eau salubre reste une priorité, soucieux d’empêcher de nouveaux cas de choléra et d’autres maladies transmises par l’eau.

Le dernier jour de mon séjour à Dollow, je me suis rendu au camp de déplacés de Qansaxeley, qui avait accueilli près de 800 familles au cours des deux semaines précédentes. Certaines d’entre elles m’ont expliqué avoir dû dormir en plein air, quasiment sans eau ni nourriture.

Déterminées à protéger leurs enfants, ces familles ont quitté leur maison pour fuir la malnutrition, la famine et la violence. Elles ont été démoralisées de se rendre compte qu’elles étaient confrontées aux mêmes menaces dans le camp. J’ai vu des mères qui, à peine arrivées, suppliaient désespérément qu’on leur vienne en aide.

Lorsqu’elles arrivent, en plus des soins médicaux, les familles attendent de l’eau, de la nourriture et un abri. De la nourriture et des abris sont disponibles, mais ils viennent à manquer car le camp accueille constamment de nouveaux arrivants. Les familles ont également besoin d’installations d’assainissement et d’hygiène. Ces infrastructures de base, telles que des toilettes et la collecte des ordures, passent souvent inaperçues, mais contribuent à prévenir les maladies dans les camps surpeuplés. Pourtant, certaines zones en sont dépourvues.

Alors que la saison des pluies approche et que l’on redoute la multiplication des cas de choléra, j’ai toutefois l’espoir qu’avec la poursuite des efforts de sensibilisation à l’assainissement et à l’hygiène, davantage de ressources seront disponibles pour répondre à des besoins chaque jour plus nombreux.

 

Tim Grieve est Conseiller principal de l’UNICEF pour l’eau, l’assainissement et l’hygiène (EAH). Il dirige l’équipe de l’UNICEF chargée de l’EAH dans les situations d’urgence à New York. Ingénieur et spécialiste en santé publique de formation, défenseur des droits des enfants par vocation, Tim a géré les interventions d’urgence en matière d’EAH en réponse à certaines des plus grandes catastrophes que le monde ait connues au cours des deux dernières décennies. Il a également dirigé les équipes chargées de l’EAH dans des pays rencontrant de nombreuses difficultés pour s’approvisionner en eau et accéder à l’assainissement, y compris dans des contextes de conflit et de catastrophe naturelle.   

 

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