Cinq ans après : la paix pour les enfants de Syrie ?

J’ai effectué une visite en Syrie à la veille du troisième anniversaire du conflit, voici deux années marquées par la souffrance. À cette époque, il semblait à peine possible que la situation à laquelle étaient confrontés des millions d’enfants puisse empirer.

Mais elle le pouvait. Et, de manière tragique, elle l’a fait.

Voici trois semaines, je me suis de nouveau rendu en Syrie. Et, tandis que la situation à laquelle sont confrontés les enfants continue de menacer l’avenir de toute une génération, la cessation des violences et la reprise des négociations à Genève offre le premier véritable espoir de paix qu’a pu avoir la population syrienne pendant cinq années de guerre.

Partout où je suis allé – à Damas, Homs, Hama et Al-Salameya – les gens parlaient d’espoir. L’espoir qu’il y aura la paix, l’espoir que la paix pourra se trouver dans quelque chose de plus qu’un document diplomatique, l’espoir que la paix reviendra dans leurs vies quotidiennes. Les enfants que j’ai rencontrés dans les classes ont fait part de leurs espoirs pour leur avenir, comme médecins, ingénieurs, enseignants.

(Le Directeur général de l’UNICEF, Anthony Lake, et le Directeur régional de l’UNICEF pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, en visite dans une salle de classe dans le quartier d’Al Wa’er, à Homs, en Syrie
UNICEF/UNO11692/El OuerchefaniLe Directeur général de l’UNICEF, Anthony Lake, et le Directeur régional de l’UNICEF pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, en visite dans une salle de classe dans le quartier d’Al Wa’er, à Homs, en Syrie.

Alors que je franchissais les lignes dans le quartier encerclé d’Al Wa’er, j’ai vu des choses que je n’avais pas vues il y a deux ans : des boutiques ouvertes au public, des gens en train de se promener librement, des enfants en train d’étudier dans des classes au-dessus du sol plutôt que d’être terrés dans des sous-sols par peur des tireurs embusqués. Même dans la vieille ville d’Homs, brisée, les personnes déplacées par les combats commencent à revenir.

Et il y a aussi l’espoir qu’une autre menace, grave pour les  enfants de Syrie, celle de la réapparition de maladies infantiles dangereuses dues à l’absence de vaccination, ait une chance de s’affaiblir. À Damas, de hauts fonctionnaires du Gouvernement ont accepté que nous puissions immédiatement œuvrer à la mise en place d’un programme national de vaccination aux côtés de l’OMS, du Ministère de la santé et de nos autres partenaires, notamment le Croissant-Rouge arabe syrien.

Mais, aux côtés de cet espoir, sont toujours présents des signes de chaos et la dure réalité des épreuves que la guerre a infligées aux enfants. Des quartiers entiers qui ont été rasés. Un ancien orphelinat d’Al Wa’er touché il y a deux ans par des tirs de mortier qui ont tué huit enfants et qui fonctionne à présent comme centre pour les enfants.

À Homs, les médecins m’ont conduit dans une salle d’opération où ils étaient en train de soigner un patient victime d’un tireur embusqué qui lui avait tiré dans le visage. Les médecins n’avaient que du vieux matériel chirurgical avec lequel enlever les éclats se trouvant dans la mâchoire du patient. L’anesthésique avait dépassé sa date d’expiration. Ils utilisaient une vieille serviette pour enlever le sang.

Les médecins, les infirmiers et les infirmières, et particulièrement le père de la victime, ont fait part de leur colère, non seulement envers le Gouvernement qui continue à refuser l’accès aux fournitures chirurgicales et médicales dans de telles régions, mais également envers les Nations Unies et le monde entier. Nous ne pouvons pas le lui reprocher car le monde entier a laissé ces souffrances durer cinq années.

Avec tous ceux que nous avons rencontrés, nous avons promis que l’UNICEF continuerait à faire tout ce qui serait possible pour apporter un soutien à la Syrie, non seulement en répondant aux besoins les plus urgent en matière d’aide humanitaire, mais aussi au moment de son redressement et lors son processus de développement.

Bien sûr, ce processus de développement est aujourd’hui en cours. Chaque fois que nous éduquons un enfant syrien, où qu’il soit, nous contribuons à la construction de l’avenir de la Syrie.

Au cours des cinq dernières années, l’UNICEF et ses partenaires ont aidé plus de dix millions de personnes, principalement des enfants, en leur apportant des services d’eau, de santé, d’éducation et des thérapies de soutien.

Mais il y a encore tant d’enfants à aider : six millions à l’intérieur de la Syrie et plus de deux millions ayant fui les violences dans les pays voisins.

C’est pourquoi, aujourd’hui, plus de cent organisations humanitaires, dont l’UNICEF, ont renouvelé notre appel pour un accès humanitaire sans conditions et durable par tous les itinéraires qu’il sera nécessaire d’emprunter pour parvenir auprès des personnes ayant besoin d’aide – notamment pour le personnel médical afin de soigner les personnes qui sont malades ou blessées – et pour appuyer une campagne nationale de vaccination.

Il s’agit de mesures concrètes qui peuvent faire toute la différence entre la vie et la mort et, en les acceptant, toutes les parties impliquées dans le conflit peuvent faire un pas supplémentaire vers la paix. Une paix que les Syriens, une paix que les enfants de Syrie méritent tant.

Anthony Lake est Directeur général de l’UNICEF

Pour en savoir plus sur la situation des enfants de Syrie.

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Commentaires :

  1. Les gens ne peuvent pas vivre sans espoir ni paix, ils doivent avoir la bonne volonté pour résister et reconstruire leur vie de nouveau quelques soient les conditions politiques et sociales.