Burkina Faso : Lettre aux candidats

Une jeune burkinabè de quinze ans interpelle les candidats à l’occasion de la Journée Internationale des Droits de l’Enfant. Au Burkina Faso, la campagne électorale bat son plein pour l’élection d’un nouveau président.

Chers candidats et candidates,

Depuis le dimanche 8 novembre je vous vois partout, à la télé, dans les journaux, à la radio, sur de grands panneaux, sur les arbres dans tous les six mètres et même sur la baraque en bois de mon vendeur de « Pain Bro ».

Vos discours, je les comprends à peine. Ce n’est pas qu’ils sont mal écrits, c’est que j’ai l’impression qu’on nous a oubliés, nous les enfants. Alors moi aussi j’ai décidé de partir en campagne, sans gadget ni casquette, une campagne sans date de péremption.

J’ai quinze ans. A l’école primaire, chaque année, c’était toujours une fille qui était la première. Il y avait autant de filles que de garçons dans la classe. La concurrence était rude. Mais dès que nous sommes passés au collège, mes copines ont commencé à s’absenter, jusqu’ à cesser de venir. Nous étions inquiets mais nous savions tous pourquoi elles n’étaient plus là. C’était comme un grand secret, lourd à porter. Les garçons ont commencé à prendre leur envol, pendant que la plupart de mes copines disparaissaient. Pour être mariées. Comment une enfant de treize ans peut être mariée?

A treize ans, mes copines et moi on se moquait en cachette du prof de français parce que son pantalon était trop court et qu’on voyait ses chaussettes blanches salies par la poussière. L’insouciance. D’un jour à l’autre, voilà, mes copines enceintes, et en ménage.

Mais où sont les adultes qui doivent nous protéger?

Et vous, les candidats, qu’est ce que vous avez prévu pour arrêter ça?

J’ai bien lu toutes vos propositions malgré le langage un peu compliqué. Mais je n’ai rien vu sur nos droits à nous les enfants.

Mettez-nous au coeur de vos programmes et de vos décisions politiques, nous sommes l’avenir du pays. Mes copines et moi aimerions pouvoir faire partie de ceux qui contribuent au rayonnement du pays des Hommes et des Femmes Intègres.

Une fille du Faso.

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Soumis par Saran Koly, Spécialiste en communication UNICEF Burkina Faso. Dessins par le dessinateur Damien Glez.

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