« Bienvenue » au monde

« J’ai perdu un enfant âgé de 6 mois. Je connais la douleur d’une mère qui perd son enfant. Mon mari savait qu’il avait le VIH/sida mais il ne m’a rien dit. »

Oremta a 36 ans et est mère de trois  enfants. Elle vit dans un quartier périphérique de N’Djamena, la capitale du Tchad, depuis le décès de son mari il y a 8 ans à cause du VIH/Sida. Avec l’appui de l’UNICEF, Oremta a été formée pour animer des causeries éducatives au sein de sa communauté. Je la rencontre à l’occasion d’une de ces séances de sensibilisation.

« Lorsque j’ai découvert que j’avais le VIH, j’ai voulu me suicider. C’est grâce à ma famille que j’ai trouvé le courage d’avancer. Aujourd’hui, je pense à l’avenir. Si je rencontre un homme sérieux, je pourrais même refaire ma vie », reprend-elle après un long silence. Son fils Joh, à ses côtés, l’interrompt sans cesse pour attirer son attention. « Quand mon mari est décédé, j’étais enceinte de Joh. Grâce au suivi médical et aux traitements, je me sens mieux, mais surtout mon enfant est né sain », poursuit-elle.

Avec l’appui de l’UNICEF, Oremta est devenue éducatrice pour ses pairs. Elle organise des conversations encourageant les changements de comportement au sein de sa communauté. Elle compte parmi les 72 femmes séropositives qui ont aidé à donner naissance à des enfants séronégatifs grâce à la Prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME) au Tchad. Elles ont déjà organisé plus de 470 causeries éducatives avec plus de 16 000 participants qui ont permis d’établir un dialogue communautaire autour du VIH et de la santé maternelle et infantile.

Irène et son bébé Bienvenue
UNICEF BahajiIrène et son bébé Bienvenue lors d’une rencontre autour du VIH/sida.

La séance de sensibilisation commence dans quelques minutes et les invités prennent place petit à petit. A l’arrivée d’Irène, Oremta s’empresse de l’accueillir et l’aide à s’installer. Irène, 20 ans, est mère d’un bébé de 4 mois. Elle a également perdu son mari pendant sa grossesse.

« Le témoignage d’Oremta pendant les séances de sensibilisation m’a beaucoup touchée. Grâce à ses conseils, j’ai compris que le sida n’était pas une malédiction. Depuis, je suis suivie par les médecins. Mon premier enfant, Bienvenue, est né séronégatif. Il est mon espoir ».

Oremta prend l’enfant dans ses bras et me dit fièrement, avec un grand sourire : « Bienvenue, c’est aussi le fruit de mon travail. Ce petit garçon est la preuve que nous pouvons vivre avec le VIH et donner naissance à des enfants sains ».

Oremta conduit une causerie éducative autour du VIH/sida
UNICEF BahajiOremta conduit une causerie éducative autour du VIH/sida.

Lors de la séance, les échanges sont animés et les hommes semblent particulièrement intéressés et posent de nombreuses questions. Oremta se demande si certains d’entre eux ne sont pas porteurs du VIH mais n’osent pas en parler.

« Ces conversations servent aussi à ça », me chuchote-t-elle. La rencontre est presque terminée et Oremta conclut : « N’ayez pas  honte. Faites-vous dépister et n’ayez pas peur de parler de votre statut sérologique. Cela peut vous sauver la vie, sauver votre entourage et assurer l’avenir de vos enfants. »

Nancy Ndal-lah est Spécialiste en Communication avec l’UNICEF à N’Djaména, Tchad.

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Commentaires :

  1. Un enfant est un enfant. Quel réconfort soutien et aide puis – je apporter ?

  2. Un enfant est Un enfant.Il ya que le regard qu’on y pose qui diffère d’une personne à une autre