À Basra, le pétrole coule à flots, mais pas l’eau potable

La localité de Basra, dans le sud de l’Iraq, était autrefois une ville portuaire prospère. À son apogée, on la surnommait la « Venise de l’Est » en raison de ses nombreux ponts et canaux.

Mais ces comparaisons n’ont plus lieu d’être.

Aujourd’hui, la situation n’est pas brillante. Les immondices, les algues et les bactéries ont envahi les canaux de Basra. Leurs berges sont jonchées de déchets et de monceaux de plastique. Un parfum de résignation flotte sur les quartiers de la ville où sévit la pauvreté et où le taux de chômage est l’un des plus élevés en Iraq.

L’an dernier, la ville a été secouée par de violentes manifestations lorsque des dizaines de milliers de personnes ont été hospitalisées après avoir bu de l’eau contaminée. C’est là toute la tragédie : alors  que la plupart des richesses pétrolières de l’Iraq proviennent de Basra, des enfants et des familles vulnérables y meurent de soif.

J’ai visité Basra il y a peu pour voir ce qui avait changé depuis l’été 2018 et force est de constater qu’en dépit d’efforts pour moderniser le réseau urbain vieillissant d’eau et d’assainissement, bon nombre des difficultés sous-jacentes à l’origine de la crise ne sont toujours pas résolues.

L’eau coule dans un réservoir de stockage devant un bâtiment scolaire.
© UNICEF/Iraq/2018/AnmarL’école pour filles Al-Hamzah, dans le district d’Abu al-Khasib. Au plus fort de la crise, l’an dernier, l’UNICEF a ravitaillé par camion les écoles des zones les plus touchées en eau salubre.

Changements climatiques et tuyaux qui fuient

Historiquement, Basra est approvisionnée en eau fraîche par le Chatt al-Arab, issu de la confluence du Tigre et de l’Euphrate, deux fleuves dont le débit a connu un déclin ces deux dernières années en raison de la baisse des précipitations et de la hausse des températures, d’une part, et de la construction de barrages dans les pays voisins, d’autre part.

En 2018, la baisse du niveau de l’eau a provoqué l’afflux d’eau salée en provenance du golfe Persique dans le Chatt al-Arab, ce qui a conduit à une augmentation drastique des taux de salinité.

Dès 1997, en prévision de la crise hydrique qui se profilait et des enjeux liés au Chatt al-Arab, l’État a creusé le canal al-Badaa comme source auxiliaire d’approvisionnement en eau fraîche. Toutefois, au cours de la crise survenue l’an dernier, cette eau n’a pas suffi pour faire face à la demande. Comment a-t-on pu en arriver là ? À cause de tuyaux qui fuient.

Une petite fille fait couler de l’eau dans ses mains au robinet d’eau communal.
© UNICEF/Iraq/2018/AnmarFatima, 10 ans, utilise les robinets d’eau de l’école pour filles Al-Hamzah, dans le district d’Abu al Khasib.

« Un grand nombre de conduites d’eau de Basra ont été posées dans les années 1950 et n’ont pas été suffisamment entretenues. On estime que les fuites d’eau représentent 45 % du total des ressources disponibles », explique Ali Risn, spécialiste de l’eau et de l’assainissement de l’UNICEF.

L’archaïque réseau de distribution et d’assainissement ne parvient pas à rester en phase avec une urbanisation rapide. Alors que l’on estime que la population de Basra a atteint 4,6 millions d’habitants, la ville ne dispose que d’une seule usine de traitement des déchets, qui fonctionne à 40 % de sa capacité.

« Le reste des ordures de Basra est jeté dans les canaux ouverts qui se jettent dans le Chatt al-Arab, ce qui ne fait qu’accentuer la crise », ajoute Ali Risn.

 

Des familles vulnérables, enlisées dans la pauvreté

Au plus fort de la crise, les plus vulnérables n’avaient pas d’autre choix que d’acheter de l’eau en bouteille, alors même qu’ils devaient régler les frais médicaux des membres de leur famille tombés malades à cause de l’eau contaminée, raconte Zamzam, matriarche subvenant aux besoins d’une famille de 11 personnes avec sa seule pension de veuve avoisinant 200 dollars par mois.

« Ce dont nous avons été témoins à Basra est désolant. Des familles vulnérables se sont endettées et enfoncées encore plus dans la pauvreté en dépensant une part disproportionnée de leurs revenus pour acheter de l’eau potable. De nos jours en Iraq, aucun enfant ne devrait avoir des difficultés pour trouver de l’eau potable », souligne Hamida Lasseko, Représentante de l’UNICEF en Iraq.

Pompes à eau.
© UNICEF/Iraq/2018/AnmarUne station R0 à Basra. Les stations à eau entretenues par l’UNICEF et soutenues par l’OFDA offrent une source d’eau salubre pour les enfants et les familles des environs.

En appui à l’État iraquien, l’UNICEF a réalisé d’importants investissements de modernisation du réseau de distribution d’eau et d’assainissement de Basra, notamment en remettant en fonction trois sites critiques de traitement des eaux et en installant de nouvelles pompes dans une usine pour en doubler la capacité de traitement, au bénéfice de quelque 750 000 habitants.

Dans la lignée d’investissements antérieurs, l’UNICEF fournit des pièces mécaniques indispensables au bon fonctionnement des usines de traitement de l’eau et réhabilite des installations pour le traitement des eaux usées du centre-ville de Basra avant que celles-ci ne soient injectées dans le réseau de collecte des égouts, au lieu d’être rejetées dans les cours d’eau.

 

Laila Ali est spécialiste de la communication pour UNICEF Iraq.

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