Assurer la sécurité des femmes dans les camps de déplacés au Soudan du Sud

Alors que nous parcourons le labyrinthe de tentes du site de protection des civils (PC) de Bor, au Soudan du Sud, un groupe d’enfants apparaît et s’arrête face à nous. Sarah, qui me fait visiter le camp, leur montre immédiatement des panneaux en plastique qu’elle porte avec elle, illustrés d’images simples représentant des enfants qui se lavent les mains, puis elle leur pose des questions. Après avoir expliqué aux enfants l’importance de se laver les mains, elle s’adresse au groupe de mères assises non loin de là à l’ombre.

En temps de crise, les femmes et les enfants sont souvent les premiers touchés. Lorsque les communautés sont déplacées à cause des conflits, les femmes et les filles sont particulièrement vulnérables aux violences physiques et sexuelles ainsi qu’à l’exploitation. Beaucoup ont déjà subi de terribles violences en quittant leur foyer ; les filles, les femmes enceintes et les mères d’enfants en bas âge sont extrêmement vulnérables. Même une fois qu’elles atteignent les camps de réfugiés ou de déplacés qui leur assurent une relative sécurité, de nombreuses difficultés subsistent.

Les violences continues au Soudan du Sud ont déplacé presque 1,9 million de personnes dans le pays, dont une majorité de femmes et d’enfants, et plus de 1,6 million de personnes ont fui vers des pays voisins en quête de sécurité.

En marchant dans le site de PC avec Sarah, on comprend aisément les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes et les filles. Le site abrite plus de 3 500 personnes, principalement des femmes et des enfants qui ont fui les violences lorsqu’elles ont éclaté au Soudan du Sud en 2013.

Ici, les femmes subissent une pression incroyable. Elles vivent dans de petites tentes et doivent s’occuper de leurs enfants, nourrir leur famille, veiller à la propreté et essayer de maintenir une impression de normalité et de dignité.

Beaucoup des femmes qui vivent dans le camp ont perdu des hommes dans les conflits – leur mari, leur père, leurs fils et leurs frères qui aident traditionnellement la famille à subvenir à ses besoins. En conséquence, beaucoup de femmes se rassemblent pour endosser de nouveaux rôles et créer des réseaux de soutien.

Un homme et un garçon devant des tentes
UNICEF/Phil Hatcher Moore/Un homme et un enfant devant des latrines séparées pour les hommes et les femmes, à côté d’un éclairage à énergie solaire, dans le site de protection des civils de Bor.

Sarah vit dans le site de PC depuis plus de trois ans avec les deux plus jeunes de ses six enfants. Elle est également membre du comité du camp pour l’eau et l’assainissement, et s’assure que les points de vue des femmes et des filles soient entendus et pris en considération par les organismes qui soutiennent le camp. Les problèmes relatifs à l’eau et l’assainissement constituent un défi majeur, et Sarah est une femme très occupée.

Ce sont les femmes qui sont le plus durement touchées par l’accès limité à l’assainissement et à l’eau, explique-t-elle. Pour les familles nombreuses, laver ses vêtements dans un camp de déplacés peut devenir une mission impossible. L’eau est souvent une denrée rare et les longues files d’attente aux points d’eau sont monnaie courante. Les femmes et les filles ne disposent pas toujours de latrines séparées, ce qui accroît le risque de violences sexuelles. Et même lorsqu’il y en a, elles sont souvent mal éclairées, ce qui accroît les risques pendant la nuit.

Chaque matin, Sarah va à la rencontre des familles dans le camp pour écouter leurs problèmes, les conseiller et les orienter sur des sujets comme la prévention du choléra.

« Quand nous sommes arrivés ici, la situation était critique. Les premiers mois, plus de 80 enfants sont morts à cause du manque d’hygiène », explique-t-elle. « L’UNICEF a alors décidé de former plusieurs d’entre nous au rôle d’agent responsable de l’hygiène et de l’assainissement ».

Par la collaboration avec des responsables comme Sarah, l’UNICEF, avec l’appui de donateurs comme USAID, améliore l’accès aux installations d’eau et d’hygiène en mettant en place des robinets, en construisant de nouvelles latrines séparées hommes/femmes et en s’assurant qu’elles soient bien éclairées grâce à des lampadaires solaires.

L’accès à l’eau et à l’assainissement est également favorable à d’autres domaines d’action de l’UNICEF sur le site. Le manque d’installations d’assainissement et de lavage sûres, séparées et privées dans les écoles est l’un des principaux facteurs d’absentéisme des filles, notamment en période de menstruation. L’école du site de PC de Bor dispose désormais de latrines séparées pour les filles et les garçons, et l’installation d’un nouveau point d’eau est prévue pour que les élèves ne soient pas obligés de rentrer chez eux pour boire s’ils ont soif pendant les longues et chaudes journées.

« La participation active des femmes et des filles aux programmes d’eau et d’assainissement constitue vraiment la clé de la réussite », affirme Lillian Okwirry, Chef de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène à l’UNICEF Soudan du Sud. « Le fait d’impliquer directement les femmes dans la planification et la gestion des programmes nous permet de commencer à traiter les inégalités subies par les femmes et les filles dans l’accès à ces services ».

Un groupe de personnes creuse avec des pelles..
UNICEF/Phil Hatcher MooreDes bénévoles creusent de nouvelles latrines au sein du site de protection des civils de Bor.

L’imminente saison des pluies ajoute encore des difficultés. Les inondations peuvent rapidement transformer les rues poussiéreuses en mares boueuses, augmentant le risque de maladies transmises par l’eau. L’élévation des latrines permet d’éviter que les eaux usées ne se mélangent à l’eau des inondations.

L’autonomisation des femmes qui ont presque tout perdu doit être au cœur de l’intervention humanitaire dans les sites de PC, non seulement à Bor mais aussi dans des sites beaucoup plus étendus comme ceux de Bentiu et de Djouba. En retournant vers sa tente, Sarah m’explique pourquoi elle pense qu’il est si important que les organismes comme l’UNICEF travaillent avec les femmes leaders dans les communautés.

« Ici, lorsque les femmes sentent qu’elles participent et que leur voix est entendue, elles ont l’espoir que la situation continue de s’améliorer. Les femmes sont la colonne vertébrale de ce pays. Nous sommes responsables de la prochaine génération – garçons et filles – donc notre avenir est l’avenir du Soudan du Sud ».

Joe English est spécialiste de la communication au siège de l’UNICEF à New York.

 

 

 

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