Après la peur et le stress, un répit pour les enfants ayant fui Raqqa

Alors que les combats font rage à Raqqa, plus de 200 000 personnes, dont la moitié d’enfants, ont été contraintes de quitter leur domicile.

Elles risquent tout pour atteindre un lieu sûr. Beaucoup empruntent des routes jonchées de mines terrestres ou  tentent d’éviter des obus et des tireurs embusqués. Ain Issa, situé à une cinquantaine de kilomètres des lignes de front de la ville de Raqqa, est l’une de leurs destinations.

Le camp d’Ain Issa se trouve dans une zone désertique et poussiéreuse du nord-est de la province de Raqqa. Il est difficile d’imaginer un milieu plus hostile. La chaleur accablante (45 °C) et les tourbillons de sable rendent la vie insupportable aux quelque 3 000 enfants qui y vivent temporairement.

Après des semaines de voyage avec peu d’eau et de nourriture, ces enfants arrivent exténués et déshydratés. Les traumatismes qu’ils ont vécus se lisent sur leur visage et dans leur comportement. Leurs témoignages sont effroyables. Des mères et des enfants racontent avoir vu des proches tués sous leurs yeux. D’autres s’inquiètent de la sécurité et des conditions de vie des membres de leur famille qui sont restés sur place.

Forcés de grandir trop vite

Sortir de la ville de Raqqa est un dangereux périple qui peut durer plusieurs semaines. Certaines familles paient des passeurs qui les guident le long de routes sûres, pour éviter les nombreuses mines terrestres qui parsèment les voies de sortie de la ville.

Trois enfants passent à côté d’une tente équipée d’un climatiseur.
UNICEF SouleimanDes enfants ayant fui Raqqa sortent d’un espace ami des enfants installé par l’UNICEF dans le camp de personnes déplacées d’Ain Issa.

« Nous sommes partis à cinq heures du matin », se souvient Hammoude, 10 ans, en racontant le périple de sa famille. « Nous avions peur mais finalement nous sommes arrivés à destination. » Hammoude et sa famille ont rejoint le camp d’Ain Issa il y a trois semaines.

« J’étais à l’école mais j’ai été obligé de partir », explique-t-il. « Ils avaient mis des caméras : dès que quelqu’un entrait [dans l’école], ils lui tiraient dessus. » Ses yeux se remplissent de larmes pendant qu’il raconte son expérience.

Quasiment tous les enfants que j’ai rencontrés dans la tente de l’UNICEF avaient d’effroyables histoires à raconter sur leur difficile survie à Raqqa, où ils risquaient constamment d’être tués, blessés ou séparés de leurs proches. À les écouter parler de la violence et des traumatismes qu’ils ont subis, il est évident que ces enfants ont été forcés de grandir trop vite.

Dua’a, 8 ans, a fui Raqqa avec sa famille quand leur maison a été détruite dans les combats. L’un de ses frères est porté disparu. « Ils ont pris mon frère. Il est plus âgé. Ils l’ont emmené et même aujourd’hui nous ne savons pas où il est. Il m’aimait beaucoup ; je jouais avec lui tout le temps », se souvient-elle. « Mais aujourd’hui nous n’avons aucune nouvelle de lui. »

Les enfants que j’ai vus dans le camp avaient l’air terrifiés ; la peur et l’incertitude se lisaient dans leurs yeux.

Rendre la vie un peu plus supportable pour les enfants

Hammoude et Dua’a se rendent dans l’un des six espaces amis des enfants du camp d’Ain Issa mis en place avec l’aide de l’UNICEF. Ils y jouent à des jeux traditionnels et dessinent et chantent sous la supervision de deux animateurs formés à cette fin.

« Nous aimons beaucoup Mademoiselle Bushra », s’exclame Dua’a, à propos d’une animatrice. « Quand nous vivions à Raqqa, rien n’était permis. Le directeur [de l’école] nous obligeait à nous habiller en noir. Ici, c’est bien ; ils nous donnent des vêtements et des jouets. Ils nous donnent tout. Et ils nous apprennent à faire certaines choses », ajoute-t-elle en souriant.

Des enfants sont assis en cercle dans une tente devant des pancartes de l’UNICEF.
UNICEF SouleimanDans le camp d’Ain Issa, en République arabe syrienne, des enfants ayant fui Raqqa suivent un programme d’appui psychosocial de l’UNICEF.

Les espaces amis des enfants donnent à ceux-ci l’occasion d’être de nouveau des enfants. Ils proposent également des activités psychosociales qui les aident à faire face aux traumatismes subis, tandis que les kits de loisirs et d’enseignement leur permettent de reprendre leur scolarité.

Malgré ce qu’ils ont vu et subi à Raqqa, tous les enfants que j’ai rencontrés ont dit vouloir retourner à l’école. L’éducation est également une priorité pour leurs parents. « Nous avons besoin d’un lieu où nos enfants peuvent jouer », explique une mère qui ne connaissait pas le nouvel espace ami des enfants. « Nous avons également besoin d’une école. »

La peur et le sentiment de perte que j’ai vus dans les yeux d’Hammoude, de Dua’a et de nombreux autres enfants d’Ain Issa étaient tout simplement bouleversants. Mais en entendant leurs rires et leurs voix, en les regardant jouer et chanter, j’ai aussi eu le sentiment qu’il y avait de l’espoir et un avenir pour ces enfants.

Shushan Mebrahtu est spécialiste de la communication à l’UNICEF, en poste en Syrie.

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