2016 : Qu’est-ce qui importe pour le bien-être des enfants ?

Cette année, plus de 140 millions de bébés vont naître dans le monde, soit presque l’équivalent de la population de la Fédération de Russie. Au total, il devrait y avoir environ 2,2 milliards de bébés d’ici 2030, dont la majorité naîtra en Afrique et en Asie. Qu’est-ce qui attend les premiers bébés de 2016 ?

Nous avions baptisé notre dossier sur 2015 « la fin de la prévisibilité ». Voilà un titre qui pourrait également bien convenir pour l’année 2016.

Voici cinq découvertes qui pourraient changer le monde des enfants en 2016 :

 

Three girls looking at the camera

Tous les regards sont braqués sur les « marchés pas si émergents »

Les prévisions de début 2015 au sujet d’une croissance mondiale de 3 % ne se sont pas concrétisées d’après la Banque mondiale (2,4 %), mais pour le Fonds monétaire international (FMI), si (3,1 %). Ce qui n’a pas été anticipé, ce sont des changements drastiques dans les dynamiques de croissance : les pays développés ont repris les commandes, et la tendance à la baisse des taux de croissance des pays émergents et en développement s’est maintenue.

Tandis qu’une modeste reprise est attendue dans les pays développés, il est prévu que la croissance des pays émergents et en développement ralentisse en 2016 pour la cinquième année d’affilée. Cela s’explique par le ralentissement et le rééquilibrage de l’économie chinoise et la baisse brutale des cours des produits de base qui en a découlé, représentant une menace conséquente pour les pays riches en ressources et ceux qui dépendent du commerce avec la Chine.

La santé de l’économie chinoise figure parmi les principales incertitudes pour 2016. Tous les analystes scrutent les tensions entre la transition économique intérieure chinoise et ses effets secondaires sur l’économie mondiale. Pourtant, malgré un possible ralentissement économique, la présence de la Chine continuera de croître.

La génération du millénaire

Cette année, les plus jeunes membres de ce qu’on appelle la « génération du millénaire » auront 16 ans. Cette cohorte compte plus de deux milliards d’individus, répartis presque également entre les pays à revenu intermédiaire (tranche supérieure) et les pays à revenu élevé d’une part, et les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire (tranche inférieure)  d’autre part. D’ici 2020, la génération du millénaire représentera la moitié de la main d’œuvre mondiale.

Malheureusement, l’économie mondiale n’est pas disposée à réserver un accueil chaleureux à cette nouvelle main d’œuvre. Les 15–24 ans restent les plus touchés par la dernière récession mondiale, avec des taux de chômage près de trois fois supérieurs à ceux des adultes plus âgés. Les prévisions économiques laissent présager que la hausse du chômage chez les jeunes risque encore de faire les gros titres cette année, non seulement à cause de ses impacts économiques, mais aussi à cause de ses conséquences sociales et politiques.

Deux enfants enveloppés dans une couverture, et une main tendue vers eux.

Les enfants des conflits

L’année passée, nous avions attiré l’attention sur la hausse de la migration des enfants non accompagnés, mais, comme beaucoup, nous n’avions pas anticipé la crise des migrants qui allait amener un million de réfugiés – avec une part croissante d’enfants – en Europe. En juin 2015, les enfants représentaient 16 % des personnes en déplacement vers l’Europe ; en décembre, ce nombre avait atteint 35 %. Ce problème continuera sans aucun doute de figurer dans les priorités de 2016.

2016 restera probablement axée sur les violations des droits des enfants dans les situations de conflits armés, et sur le recrutement des enfants et des jeunes par les groupes extrémistes en particulier. Des recherches ont prouvé que ces recrues présentaient des caractéristiques « normales » d’empathie, d’idéalisme et de compassion, ce qui rend difficile l’identification des enfants exposés au recrutement. Ces recherches ont également montré comment des forces qui peuvent attirer les jeunes vers l’extrémisme violent – la recherche d’appartenance et de sens – peuvent également être maîtrisées pour leur permettre de se forger des identités plus productives et positives.

Un environnement turbulent

Cette année devrait être, pour la troisième fois de suite, la plus chaude enregistrée. Bien qu’El Niño ait connu son pic d’intensité fin 2015, et soit censé décliner au printemps 2016, ses effets indirects – on peut penser, par exemple, à l’impossibilité de planter des cultures pour la prochaine saison – toucheront les enfants dans le monde entier jusqu’à la fin de l’année. Il est possible que La Niña prenne le relais et aggrave la situation au cours de la deuxième moitié de l’année : températures plus fraîches, augmentation du risque de cyclones tropicaux dans le Pacifique, et perturbation de la production agricole et des prix des produits de base dans le monde.

Tandis que de plus en plus de villes luttent contre des niveaux alarmants de pollution de l’air, les preuves de leur impact mortel continuent de s’accumuler. Les données de l’OMS montrent que la pollution intérieure et extérieure de l’air a contribué à la mort de plus de 660 000 enfants de moins de cinq ans en 2012. Une étude récente menée par Nature estime que la pollution de l’air extérieur tue plus de personnes chaque année que le paludisme et le VIH/SIDA réunis. L’exposition à la pollution de l’air peut également nuire à la santé et aux facultés cognitives à vie. D’après une étude récente, pour 10 % d’exposition en moins aux particules en suspension au cours de l’année de naissance d’une personne, les revenus de cette personne augmentent d’au moins 1 % à l’âge de 30 ans (et vice versa). La lutte contre la pollution de l’air constitue donc un point d’entrée parfait pour amorcer un cercle vertueux de bonne santé, de richesse et d’action contre le changement climatique.

Deux filles regardent un ordinateur

La gouvernance virtuelle

Quelque 25 ans après le premier site Internet public, Internet compte 3,2 milliards d’utilisateurs. D’après le centre de recherche Innocenti de l’UNICEF, un utilisateur sur trois est un enfant, avec une part plus importante dans les pays en développement, où a principalement lieu la croissance d’Internet.

De plus en plus, le respect des droits des enfants dépend à la fois de leur environnement hors ligne et en ligne. L’accès des enfants à l’information dépend de la disponibilité et de la qualité du contenu en ligne. Leur sécurité est menacée par des sollicitations sexuelles en ligne non désirées, l’intimidation et le harcèlement, et même du contenu marketing et publicitaire inapproprié ; leur vie privée dépend de l’utilisation publique et privée de leurs données en ligne ; et leurs perspectives professionnelles sont façonnées par le développement du monde numérique.

C’est pourquoi la promotion du bien-être des enfants dépend à la fois de la gestion des espaces hors ligne et en ligne. Pourtant, à l’exception des abus et de l’exploitation en ligne, les problèmes rencontrés par les enfants sont absents, de manière frappante, des débats sur la gouvernance d’Internet.

En 2016, une série de sommets façonnera le débat sur l’évolution et l’utilisation d’Internet. Mais à moins de faire participer les acteurs clés, les problèmes rencontrés par les enfants risquent de ne pas figurer dans ces conversations.

« Bitcoin est mort, vive bitcoin. »

L’an dernier, nous avions signalé le rôle croissant joué par les « big techs » dans des domaines traditionnellement délégués au secteur public. Cette tendance va crescendo. Nous avions également suggéré qu’il s’agirait d’une année décisive pour bitcoin. Tandis que début 2016 un des principaux développeurs de bitcoin a déclaré que la crypto-monnaie serait « un échec inévitable », d’autres répondent que c’est oublier la « grande idée » de bitcoin : sa modalité technique, la blockchain.

Expliquer la blockchain c’est comme expliquer Internet en 1985. « Si Internet est le réseau de l’information, la blockchain est le réseau des transactions ». Les entreprises qui fleurissent autour de la blockchain cherchent à accroître l’efficacité, la sécurité et la transparence – et donc la confiance – des transactions en ligne, au-delà du secteur financier. Cette technologie peut être utilisée pour réduire les frais de transfert, limiter les fraudes visant les titres de propriété, et générer de nouvelles formes de dons. Le potentiel de transformation de la blockchain pour le développement et le travail humanitaire sera de plus en plus visible en 2016.

Téléchargez Horizons (janvier 2016) dans son intégralité

 

Contributeurs d’Horizons (janvier 2016) : Ozge Aydogan, Jasmina Byrne, Emily Garin, Eva Kaplan, Christine Klauth, Katell Le Goulven, Yulia Oleinik, David Ponet, Frank Borge Wietzke, Liang Zhao. Conception et mise en page : Upasana Young. Aide à la production : Nima Hassan Kanyare. Rédactrice en chef : Katell Le Goulven. Jeffrey O’Malley a fourni des conseils et orientations.

Pour plus d’informations, veuillez contacter la Responsable de la planification des politiques de l’UNICEF, Katell Le Goulven, klegoulven@unicef.org

 

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