Espoirs et rêves pour les adolescentes d’Afrique de l’Ouest et du Centre

A l’heure actuelle, il existe encore des jeunes filles que la vie laisse au bord de la route. Beaucoup d’entre elles se trouvent en l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Il pourrait s’agir de Fatima, dans l’ouest du Cameroun, qui, à 12 ans, se cache derrière sa mère, car elle est sur le point d’être mariée de force à un homme de 22 ans. Ou d’Umu, 15 ans, cachant sa grossesse pour qu’elle puisse terminer ses études secondaires en Sierra Leone. Ou bien de Sanya, 10 ans, dans le nord du Nigéria, qui est réveillée chaque nuit par des cauchemars ou elle revoit son école brulée par des extrémistes violents.

Dans la région, plus de 61 millions d’adolescentes font face à des défis inimaginables pour exercer leurs droits à la sécurité, à l’apprentissage, à la santé et au bien-être. Elles se heurtent à des barrières qui les empêchent de développer leurs capacités, d’accéder aux ressources ou d’acquérir des compétences et des capacités qui leur permettraient d’exercer des formes stratégiques de pouvoir et, en définitive, d’améliorer leurs conditions de vie.

Aujourd’hui, à l’occasion de la Journée internationale de la fille, le bureau régional de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre publie la fiche de données sur les adolescentes, produites en collaboration avec la section Donnes et Analyses de l’UNICEF.

 

Les statistiques publiées aujourd’hui interpellent :

  • Vingt-huit pour cent des jeunes femmes âgées de 20-24 ans ont donné naissance avant l’âge de 18 ans. Le taux de natalité des adolescentes est plus élevé parmi les ménages les plus pauvres et la grossesse chez les adolescentes est une cause majeure de mortalité chez les filles de 15 à19 ans.
  • Quatre filles sur dix sont mariées avant l’âge de 18 ans, le mariage précoce est l’un des plus grands défis de la région. Les chiffres montrent que les adolescentes issues des ménages les plus pauvres, résidant dans les régions reculées ou rurales du pays et ayant un faible niveau d’instruction sont plus à risque d’être mariées précocement.
  • Une adolescente sur quatre ayant déjà été mariée en Afrique de l’Ouest et du Centre a subi une forme de violence – physique, émotionnelle ou sexuelle – de la part de son mari ou de son partenaire lors de l’année écoulée. Dans toute la région, près d’une fille sur dix a déclaré avoir subi des rapports sexuels forcés. Les situations d’urgence exacerbent souvent la violence sexuelle à l’encontre les filles.
  • Être victime de violence augmente les risques de contracter le VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles. Les filles représentent soixante-dix pour cent des nouvelles infections au VIH parmi les adolescents âgés de 10 à 19 ans en Afrique de l’Ouest et du Centre.
  • Avec la plus grande disparité de genre en éducation, la région compte presque 18 millions d’adolescentes non scolarisées au niveau du secondaire. Si l’enseignement primaire est essentiel pour les enfants, l’enseignement secondaire est primordial pour l’autonomisation des femmes, car il pose les bases d’une vie saine et productive ainsi que d’un accès à un travail décent.
  • Dans un tiers des pays de la région dont les données sont disponibles, les enfants nés de mères adolescentes ont tendance à souffrir davantage de retards de croissance, ceci pourrait être la conséquence de l’insuffisance du pouvoir de décision de la mère, de sa capacité réduite à couvrir les coûts des soins de santé et de la perception négative envers les comportements des prestataires de soins.

Les adolescentes – en particulier celles issues de ménages pauvres, de minorités ou vivant en milieu rural – sont parmi les personnes les plus marginalisées. Pour que la région atteigne les Objectifs de Développement Durable, il nous faut porter urgemment une attention particulière aux adolescentes.

 

L’avenir peut ne pas être celui des espoirs déçus

L’accélération des interventions sexospécifiques et transformatrices au cours de l’adolescence peut donner des résultats plus équitables qui peuvent persister à l’âge adulte.[1]

L’adolescence offre une deuxième fenêtre d’opportunité – une chance de rattraper et de corriger ce qui n’a pu être fait auparavant, ainsi que de s’assurer que les efforts mis en place précédemment ne soient pas perdus, à moment où les enfants sont confrontés à de nouveaux risques et vulnérabilités.[2] Investir aujourd’hui dans l’éducation et la santé des adolescentes peut également contribuer à réduire la transmission des inégalités intergénérationnelles et à améliorer la situation des futurs enfants.

Investir dans les adolescentes profite à tous – en réduisant les grossesses précoces, en posant de bonnes bases pour la santé des jeunes mères et des enfants tout au long de leur vie, en améliorant les résultats scolaires et les salaires futurs. Cela réduit ainsi les coûts de santé et les futures dépenses sociales, et une main-d’œuvre mieux éduquée peut contribuer à la croissance économique qui profite à la société dans son ensemble.

 

Récolter les bénéfices pour les nations, les sociétés et, surtout, pour les filles elles-mêmes

Selon les projections, la population des adolescentes en Afrique de l’Ouest et du Centre atteindra près de 81 millions d’ici 2030.[3] Les investissements réalisés dans le cadre de ces six stratégies fondées sur des données probantes transformeront la vie des adolescentes, et les nations, les sociétés, et surtout les filles elles-mêmes pourront en tirer les bénéfices :  et en récolteront les fruits pour les nations, les sociétés et, surtout, les filles elles-mêmes.

 

  • Mettre à échelle des programmes intégrés qui tiennent compte à la fois de l’aspect holistique et multidimensionnel de la vie des adolescentes la vie holistique et multidimensionnelle des adolescentes. Les programmes multisectoriels prenant en compte ces vulnérabilités et ces risques interdépendants peuvent améliorer les résultats, l’efficacité et la durabilité.
  • Répondre aux politiques qui promeuvent un environnement défavorable aux les filles. Les gouvernements nationaux doivent tenir leurs engagements en matière d’égalité des sexes et veiller à ce que ces engagements aient un impact dans la vie quotidienne des adolescentes.
  • Encourager la participation des garçons et des hommes pour changer les normes sociales discriminantes. Des modèles coopératifs pour transformer les relations entre les sexes grâce à une programmation synchronisée entre les sexes[4] – qui répondent aux normes sexospécifiques de tous les membres de la communauté – peuvent être élargi davantage dans la région.
  • Exploiter les données. Plus d’informations sont nécessaires à la fois pour déterminer ce qui fonctionne et dans quelles conditions pour les adolescentes – en particulier dans des contextes aussi divers que dans la région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. La recherche opérationnelle est une option pour faire l’état des lieux de nos activités et trouver des solutions. Au minimum, les données communiquées au niveau des pays doivent être ventilées par âge et par sexe.
  • Toutes les composantes de la société ont un rôle à jouer. En Afrique, le secteur privé joue un rôle de plus en plus important et ouvre de nombreuses possibilités d’investissement en faveur des adolescentes, par exemple sous la forme d’emplois décents, de programmes de formation et de développement des compétences ou de lutte contre les inégalités entre les sexes dans la publicité.

 

Entendre et faire participer les adolescentes est primordial. Il est essentiel d’écouter les adolescentes pour comprendre leurs points de vue et leurs difficultés et trouver des solutions aux problèmes qui les concernent. Il est de notre responsabilité de leur donner l’occasion de s’exprimer et d’être écoutées – pour leur autonomisation et dans l’intérêt de tous.

 

Prerna Banati est la conseillère régionale pour le développement de l’adolescent et Catherine Müller est la spécialiste régionale en genre et développement. Toutes les deux sont basées au Bureau régional de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

 

Pour en savoir plus, rendez-vous sur UNICEF Data & Analytics Gender Equality.

La version anglaise de ce blog est disponible ici.


Footnotes:

 

[1] Kabeer, N. (2018), Gender, livelihood capabilities and women’s economic empowerment. Reviewing evidence over the life course, GAGE, Oversees Development Institute, London, UK

[2] Banati P and Camilletti E. (2018) https://blogs.unicef.org/evidence-for-action/three-windows-of-opportunity-for-adolescents/

[3] United Nations, Department of Economic and Social Affairs, Population Division (2019). World Population Prospects 2019, Online Edition.

[4] La programmation synchronisée ” considère tous les acteurs de la société les uns par rapport aux autres et cherche à identifier ou à créer des valeurs communes entre les femmes et les hommes, dans le cadre des rôles qu’ils jouent (c.-à-d. belles-mères, pères, épouses, frères, soignants, etc.) – valeurs qui favorisent les droits humains, le soutien mutuel pour la santé, la non-violence, l’égalité, la justice sexuelle” (traduit à partir de Greene, M. E., & Levack, A. (2010). Synchronizing gender strategies: A cooperative model for improving reproductive health and transforming gender relations).

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